Cistude d’Europe
Auteur : Alain Bertrand
Fiche identité Emys orbicularis
Famille : Reptile, famille des émydidés
Poids : 700g à 1,5kg (à l’âge adulte )
Taille : 14-20cm de longueur selon les régions
Durée de vie : 40 ans (en moyenne dans le milieu naturel) et peut atteindre plus de 60 ans selon les conditions

Habitat
Étangs, marais, bras morts, rivières lentes, fossés inondés.
La cistude recherche des milieux calmes, ensoleillés, riches en
végétation aquatique et en zones de repos émergées. Elle utilise
des plages de sable ou de terre meuble pour pondre, parfois à
plusieurs centaines de mètres de l’eau, nécessitant des
déplacements importants.
Elle passe l’hiver en hibernation au fond de l’eau ou dans la vase.

Comment la cistude
parvient-elle à survivre
dans des eaux pauvres
en oxygène durant
l’hiver ?
Elle possède la capacité
étonnante d’absorber
l’oxygène directement
par de minuscules
protubérances de sa
peau, par la muqueuse
de sa gorge et de son
cloaque, ce qui lui
permet de rester
plusieurs mois sous
l’eau sans remonter
respirer.
Alimentation
Omnivore opportuniste, elle consomme : invertébrés aquatiques
(insectes, larves, mollusques, crustacés), têtards, petits poissons
affaiblis, charognes, végétaux aquatiques en complément.
Les jeunes sont plus carnivores que les adultes qui deviennent plus
herbivores. Son rôle écologique est essentiel : elle contribue au
nettoyage des milieux aquatiques.
Reproduction
L’accouplement a lieu au printemps. La ponte survient entre mai et juin, après une incubation de
60 à 90 jours selon la température. La femelle pond 5 à 12 œufs dans un terrier qu’elle rebouche
soigneusement. La température du sol détermine le sexe des jeunes :+ de 30°C → femelles, – de
30°C → mâles. Les jeunes mesurent à peine 2 à 3 cm à l’éclosion.
Mode de vie
La cistude est discrète et craintive, passe de longues heures à se
chauffer au soleil et s’éloigne rarement de l’eau. Elle utilise
plusieurs postes de repos : troncs, pierres, radeaux de végétation.
Elle vit en population sans structure familiale.
Ses prédateurs naturels sont : renard, sanglier, héron,
corvidés, et pour les jeunes, de nombreux poissons
carnassiers. Les adultes se déplacent peu, mais les femelles
peuvent parcourir jusqu’à 1 km pour trouver un site de ponte
favorable, nécessitant des traversées de route parfois avec
risque d’écrasement
Ne pas me confondre avec … la tortue de Floride (Trachemys scripta elegans)
Espèce invasive souvent relâchée dans la nature, la tortue de Floride possède des tempes rouges,
une carapace plus aplatie et un comportement moins craintif. La cistude, elle, présente une carapace
sombre ponctuée de petites taches jaunes, et une tête également mouchetée de jaune, la coloration
de la peau varie en fonction de la variété. Contrairement à la tortue de Floride, elle est native de nos
zones humides et strictement protégée

Menaces
La cistude a fortement régressé en France en raison : de la destruction des zones
humides ; de la fragmentation des habitats ; de la prédation des nids ; des collisions
routières lors des déplacements des femelles ; de la concurrence avec la tortue de
Floride moins farouche ; de la pollution des eaux.
Des aménagements simples (pentes douces, berges végétalisées, zones de ponte
protégées) favorisent son maintien.
La Cistude dans les Alpes de haute-Provence
Présente autrefois dans tout le département, notamment dans les zones de faible
altitude, la cistude a progressivement disparu. Elle ne subsiste aujourd’hui sur la
Durance que dans sa partie aval, située dans le Vaucluse. En 1991, une juvénile a
toutefois été découverte dans un jardin de Volonne et identifiée par Alain Bertrand vétérinaire. Cette jeune tortue constituait alors une preuve précieuse que l’espèce survivait encore dans le lac. Malheureusement au fil du temps, les conditions du biotope ont été profondément modifiées après la mise en eau de la retenue. Les zones de ponte se sont trouvées fortement réduites, ce qui a probablement entraîné la disparition définitive de la cistude dans le lac.

En 2014 Daniel Madeleine, alors président de l’association, Laure Ansel, biologiste, Alain Bertrand, vétérinaire ont procédé à des prélèvements ADN pour déterminer la présence de la Cistude dans la retenue. Photo La Provence 30/06/2014.
Statut juridique / Mesures de protection
La cistude est strictement protégée en France depuis 1979. Elle figure à l’annexe
II de la directive Habitats-Faune-Flore et à l’annexe II de la convention de Berne.
Toute destruction d’individus, de nids ou d’habitats est interdite. Des programmes de conservation existent dans plusieurs régions, notamment en PACA et en Occitanie, ces programmes sont très encadrés et réglementés.
Rapport avec l’humain
La cistude est inoffensive et joue un rôle écologique positif. Cependant,
certaines activités humaines peuvent la perturber : travaux de curage ou de
recalibrage des cours d’eau; circulation motorisée dans les zones humides;
introduction de tortues exotiques; chiens non tenus en laisse sur les sites de
ponte.
Pour la protéger : il faut préserver des zones humides naturelles; maintenir
des plages de sable pour la ponte; éviter de relâcher des tortues exotiques
concurentes; installer des passages sécurisés près des routes
Les zones humides : Comme le castor avec ses barrages, la cistude dépend
d’un réseau de milieux aquatiques connectés. Les zones humides jouent des
rôles essentiels : filtration de l’eau; stockage des crues; refuge pour la
biodiversité; régulation thermique locale.
La cistude est un indicateur de bonne qualité écologique : là où elle vit,
l’écosystème fonctionne.