Campagnol amphibie
Auteur : Laurence Garcin
Fiche d’identité Arvicola sapidus

Famille : Rongeur, Cricétidés
Longueur : 16 à 24 cm (corps + tête) – 10 à 14 cm (queue)
Poids : 140 à 300 g (plus gros campagnol d’Europe mais le plus petit des rongeurs aquatiques)
Durée de vie : 2 à 4 ans en milieu naturel
Habitat
Berges des cours d’eau lents, mares, petits ruisseaux avec une végétation dense et haute (roseaux, joncs, graminées) et à proximité de prairies.
Il creuse son terrier dans une berge meuble. Il le tapisse de mousses, plantes découpées… L’entrée principale mesurant 4 à 6 cm se trouve sous l’eau ; il peut ainsi échapper en un éclair à ses prédateurs ! D’autres sont situées à l’air libre. Il lui arrive aussi de construire des nids de végétaux cachés dans les hautes herbes. Les différentes ouvertures communiquent entre elles par des galeries, il est ainsi toujours à l’abri !

Le savez-vous ?
Je ne possède pas d’« équipement de plongée » comme le castor, mais
je suis un excellent nageur, prêt à
plonger en apnée en cas de danger !
Un nom gourmand !
Mon nom « sapidus » en latin signifie « qui a du goût » ; au 19ème siècle, le campagnol était très présent en Provence ; apprécié pour sa chair fine, on le consommait en daube.
Alimentation
Essentiellement herbivore, se nourrit de joncs, roseaux, graminées des berges et plantes des prairies environnantes, qu’il taille en biseau et dépose sur des « réfectoires ».

Photo D Madeleine

Photo L Garcin
Reproduction
De mars à septembre, l’accouplement se déroule dans l’eau ou à proximité ; il y a 3 à 4 portées par an, de 2 à 8 petits. La gestation dure 3 semaines et les jeunes deviennent autonomes et matures dès 5 semaines environ.
Mode de vie
Le campagnol amphibie s’éloigne peu de l’eau. Il occupe 50 à 150 m de berges, s’y déplace en formant de longues coulées dans les herbes et en creusant des galeries en réseau. Il vit en groupe de 2 à 6 individus. Il est actif de jour comme de nuit.
Très bien camouflé dans la végétation, il est peu prédaté. Chez nous, il peut être occasionnellement la proie du renard, de la buse, du grand duc et du héron. Il est chassé de manière générale par les rapaces nocturnes, la loutre, d’autres petits mammifères carnivores et maintenant le Vison d’Amérique (espèce invasive).
Empreintes et traces
Ce sont ses crottes, typiques, qui ressemblent à des « tic-tac » de 5 à 15 mm de long, d’un vert généralement foncé à brun qui certifient la présence du campagnol. Elles sont souvent déposées en « crottier » dans les coulées, près du réfectoire ou d’une entrée.


Ne pas me confondre avec … le rat musqué et le rat surmulot
Le campagnol amphibie a un pelage brun dense plus clair dessous, de petites oreilles rondes presque entièrement cachées dans sa fourrure. Sa queue est longue, cylindrique et poilue. Le rat surmulot a un museau pointu et des oreilles bien visibles. Le rat musqué a un pelage clair, tout ébouriffé, et une tâche claire au niveau de la joue très marquée, sa queue est aplatie verticalement.


Rat surmulot photo wikipedia

Mais savez-vous que j’ai un frère jumeau ?
C’est le campagnol terrestre forme « aquatique » qui vit dans le nord et le nord-est de la France, là où je ne suis pas présent !
Menaces
Très commun avant le 20ème siècle, accusé à tort de nuisible car confondu avec le rat ou d’autres campagnols, il a été empoisonné ou piégé par erreur. La principale menace est la destruction de son habitat : disparition des zones humides, activités humaines modifiant les berges, pratiques agricoles, crues ou assèchement des cours d’eau… Il souffre aujourd’hui de la concurrence pour l’alimentation avec le ragondin et le rat musqué.
Le castor, un allié ? Notre « bûcheron » naturel recrée dans les boisements des trouées favorables au campagnol !
Statut juridique / Mesures de protection
En fort déclin depuis les années 70, il est protégé par la loi depuis 2012 ;
Jean-François Noblet, adhérent à la Cistude, a été un des artisans de l’obtention de ce statut.

Le campagnol est classé comme espèce vulnérable au niveau mondial. Des mesures permettent de protéger l’habitat de ce petit rongeur qui ne
cause pas de dégâts dans les cultures et n’abîme pas les berges.
Une espèce devenue rare ? Avec le castor, seul rongeur aquatique dont la présence en France et Europe est naturelle. Présent dans le monde seulement en Espagne, au Portugal et France (ouest, sud et sud-est, hormis la Corse). Il est discret mais bien présent dans notre département.
Le campagnol amphibie, une espèce bio-indicatrice ? Sa présence témoigne d’un écosystème aquatique en bonne santé : berges naturelles, eau de bonne qualité et une flore riche !